"La légende de nos pères", un livre de Sorj Chalendon, Grasset 2015


Rédigé le Lundi 5 Novembre 2018 à 16:24 | Lu 40 commentaire(s)

Un roman biographique métaphore de l'écriture biographique


D'une quatrième de couverture à une autre

Avant « Le quatrième mur » (2013) qui plonge dans la mythologie comme dans les drames de l’histoire contemporaine qui s’en inspire, (grand prix des lycéens) le titre précédant, « La légende de nos pères », revient sur les thèmes de prédilection de l’auteur, mémoire, histoire et vérité, mensonges et trahison. Il s’agit d’un roman écrit à la manière d’une auto biographie fictionnelle dont le narrateur traite du statut du biographe et de ses aléas. Le fil directeur est l’écriture d’une biographie de commande dont on va suivre par étapes les incertitudes, les zones d’ombres, les trous de la mémoire et les incohérences, et rencontrer des personnages au prise avec leurs secrets, leurs silences, les non dits. Le tout revisitant l’Histoire – « avec une hache », à la manière de Perec – vue par la lorgnette de la petite, celle de gens ordinaires qui se sont pris ou faits passer pour des héros. Là, celle d’un ancien résistant qui avait monté en fable ses prouesses pour endormir chaque soir pendant la guerre sa petite fille jusqu’à ce qu’elle sombre dans le sommeil. Quarante ans après, cette fille lui réclame une biographie consignant ses mémoires, « pour en garder une trace écrite ».

Des thèmes chers à l'auteur

Par cet artifice sont traités d’autres thèmes chers à l’auteur, celui de la filiation, de la transmission, du legs, de l’héritage d’une génération à l’autre. Avec l’H revisité par le prisme de l’h et de l’anecdote, s’engage une autre quête, celle du père perdu et de la vérité qui, elle, peine à émerger. Un thème qui annonce peut-être le roman suivant, « Profession du père », figurant aux titres phare de cette rentrée littéraire 2015.
Perplexité
Perplexité

Un roman fort

« La légendes de nos pères » est un roman fort, pudique, aux mots percutants comme des balles, aux métaphores saturées de sens, aux phrases courtes qui lacèrent l’intrigue comme la chair des personnages et leur intimité. Un phrasé anamnèse dont l’auteur a le secret, truffé de formules fulgurantes, un art d’aller à l’essentiel, une intrigue émouvante portent le lecteur dans les méandres de la psyché humaine, les dédales de l’histoire, ses heurts, ses pierres d’achoppements, ses énigmes et ses résolutions, ses drames et sa complexité.
Un enquêteur obstiné
Un enquêteur obstiné

La biographie, un genre littéraire

Dans une tension qui jamais ne relâche et les ingrédients d’une intrigue de type policière, l’auteur mène une réflexion subtile sur le statut de la biographie comme genre littéraire, son enjeu historique comme sociologique, mêlant habilement les talents de l’écrivain, celui du reporter et ceux du biographe. Un roman à ne pas rater pour ceux qui s’intéressent au genre biographique comme aux mécanismes de l’écriture, ceux du roman et ce qu’il doit à la fiction et au réel dont elle se nourrit.