Le Jardin des Arènes de Montmartre


Rédigé le Dimanche 18 Août 2019 à 08:52 | Lu 68 commentaire(s)

Métamorphose.


La beauté au rendez-vous des Arènes de Montmartre.

Tout est beau et de bon goût, le panneau d’accueil qui reprend les images du site, noir, lumière, mystère, focus sur les artistes en scène en demi-teinte, les guirlandes de lumière qui zèbrent la voûte des arènes, mimant celle du ciel dégagé par les arbres et les façades riveraines, les coussins cousus blanc que l’on reçoit à l’entrée, la forêt d’oliviers et le champ de lavande disposés sur la scène et ses abords, deux bouquets de fleurs séchées fichés dans des amphores précieuses, les guirlandes lumineuses grêles fichées dans les lavandes ou frisant les panneaux, le piano noir rutilant qui brille dans la lueur des spots, l’élégance des robes et la sobriété des tenues noires des concertistes, la beauté radieuse des jeunes concertistes et celle des cantatrices, la virtuosité de très jeunes talents, le buffet dressé sous la voûte arborée d’un if immense et protecteur, le goût délicat du vin servi dans des grands verres à pied, l’habit des hôtesses qui gèrent la soirée, accueillent le public, dispensent conseils et bienvenue, filment et prennent les photos, immortalisent l’instant magique, unique, la vigne vierge qui court sur les grilles, les passants étonnés qui s’agglutinent et s’accrochent, transportés, médusés, le silence d’un auditoire captivé par l’enchainement des morceaux, des instruments, des voix, les applaudissements qui fusent comme un tonnerre, les sourires élégants qui dissipent le trac et les appréhensions des plus jeunes, les sourires plus narquois et réjouis des plus lutins, le salut distingué des cantatrices et des solistes, la communion intense de la scène au public, la connivence exigeante des rythmes et des accords, des cordes et des vents, des touches et des archets, des chevelures au vent et des sombres tenues, l’élégance des robes, des silhouettes, l’harmonie sobre des couleurs, la décontraction d’un public accueilli dans un site magique et rustique à la fois, l’attention et la concentration d’un auditoire captif de la beauté des voix, de la musique, de la virtuosité des jeunes prodiges, de ce moment d’enchantement unique.
Virtuose
Virtuose

Un enchantement.

Il s’agit bien d’enchantement qui opère à la manière d’un philtre auquel on ne peut se soustraire. C’est l’exploit et le pari risqué que Pierre Mollaret a rêvé un jour qu’il déambulait nez au vent dans les rues et les escaliers de la butte Montmartre. Le lieu l’a arrêté, intercepté ses pas et suspendu sa quête, un appel a fusé, une idée a germé, un projet, un souhait, un désir s’est dessiné qu’en tant qu’artiste musicien et poète il a voulu réaliser. Trois concerts ont fait arènes combles à l’été 2018. C’est une série de douze concerts que Pierre Mollaret monte en cet été 2019.  De ce rêve est né L’ensemble des Arènes, réunissant plusieurs jeunes montmartrois, les cantatrices ont volontiers réitéré l’aventure, d’autres se sont jointes à elles et eux, pour le plus grand bonheur de tous.

Les arènes de Montmartre, une histoire sanglante.

Dans le site insolite des arènes de Montmartre, très peu connu du public et des passants, parfois même riverains ou parisiens, le miracle opère pour transformer un lieu rustique et fonctionnel en un écrin de beauté, de charme, de bonheur. D’une vocation strictement utilitaire destinée à conforter sur un sol trop fragile et instable les soubassements du Sacré-Cœur et la réserve d’eau mitoyenne, elles conquièrent une vocation nouvelle de scène lyrique et classique. Elles acquièrent des lettre de noblesse jusque là négligées malgré une mémoire sombre, lourde du poids de l’histoire. N’oublions pas que le Sacré-Cœur a été édifié pour commémorer l’écrasement en juin 1871 de la Commune de Paris et l’éradication d’un projet de société trop favorable aux miséreux, aux résistants, aux humanistes. Jules Vallès et Louise Michel ont emprunté certaines de ces galeries souterraines où s’imprimaient clandestinement les pages de Le Cri du Peuple  et fuir les assauts de la soldatesque versaillaise. Rendons ici hommage aux héros magnifiques ou ordinaires dont le sang a imbibé les flancs de la butte Montmartre au point de lui donner son nom de « Butte rouge ». Jean-Baptiste Clément qui fut maire de la Commune de Montmartre laisse des chants impérissables avec  Le temps des cerises  ou  La Semaine sanglante. Les arènes de Montmartre héritent de ce legs dérivé de l’éradication d’un espoir de progrès social et politique. Elles ont connu une fonction agricole dont a témoigné l’installation d’un pressoir à pommes au cœur de cette scène, elles assument maintenant une fonction culturelle et artistique réparatrice dans un cadre convivial et populaire. En résistant au poids réel et symbolique du Sacré-Cœur, elles contribuent aussi à résister aux assauts dévastateurs de temps bien peu cléments : un juste retour des choses et de l’histoire, peut-être. On peut saluer à ce titre le dynamisme d’une mairie encourageant les initiatives culturelles favorisées par l’ère Jaques Lang des années 1980. Et le rêve d’un jeune poète montmartrois, Pierre Mollaret, qui enchante maintenant les arènes d’un nouveau souffle d’art qu’on ne s’attendait plus à respirer ici.
 
L'ensemble des Arènes
L'ensemble des Arènes






              


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