MARA TRANLONG et CÉLINE, Galerie Untitled Factory, 32 rue Gabrielle, Paris 18è, 25 novembre - 1er décembre 2019,


Rédigé le Dimanche 1 Décembre 2019 à 13:44 | Lu 74 commentaire(s)

Le tohu bohu du monde de Céline


Céline revisité par Mara Tranlong

Ça foisonne, ça pétille, ça grouille, ça pullule, ça flambe, ça bouge et ça fourmille, ça tire, ça vole, ça explose, ça défile, ça écrase, ça papote, ça pleure, ça danse, ça supplie, ça implore, ça complote, ça exulte, ça désespère, ça réfléchit, ça conspire, ça montre ses crocs, ça harangue, ça postillonne, ça fustige, ça soupire, ça se cache, ça détruit, ça bouleverse, ça introspecte, ça médite, ça regrette, ça attaque, ça s’effondre, ça « Marche ou crève », ça « Tohu Bohu », ça conspire, ça fait « Le Long Voyage », ça dit « Adieu à la Vigue », ça « Tumulte à Copenhague », ça « Féérie pour une autre fois », ça pleure « Les Petits Cercueils », ça accompagne et prend le deuil, ça « Voyage au Bout de la Nuit », ça vogue en montgolfière, ça décolle « des Emmerdes », ça « Mort à crédit », ça explore les galeries souterraines de la butte et ses égouts, ça pille les caves des riches, ça déborde, ça déménage, ça fuit, ça rampe, ça se gave, ça festoie, ça tire la langue, ça Montmartre et le reste du monde, ça Sacré-Cœur et ses calottes, ça mouline, ça scènes et saynètes, ça incendie, ça louvoie, ça s’enfuit, ça se fuit, ça danse rond, ça s’enlace, ça galère, ça aboie, ça hurle, ça invective, ça rugit, ça hurle au loup, à la mort, ça meute, ça chacal, ça papote, ça galante, ça séduit, ça oublie, ça invite, ça s’exhibe, ça blesse, opère et ça répare, ça sectionne, ça charme et ça complote, ça pagaie, ça ronronne, ça dessine, ça flirte, ça squelette et ça cadavérise, ça négocie, ça blablate, ça rêvasse, ça fantasme, ça grogne, ça poudroie, ça crépite…
Céline à Montmartre
Céline à Montmartre

Un écrivain montmartrois controversé

Les miniatures de Mara Tranlong une fois de plus mêlées, entremêlées, fracassées, chamboulées, précipitées, bousculées, par scènes, saynètes, groupes, peuplades d’une histoire inédite à redites et à répétitions où les canons crépitent, où les quidams discutent, s’étripent et s’interpellent, où les corps se mêlent et culbutent, où le monde tourne à l’envers, grouillant, désopilant, mouvant, explosé, implosé, chaos brute et concassé par le regard ludique de l’artiste et celui de Céline, de quoi méduser le regardant : une audace, un défi, un risque que prend l‘artiste en exhumant les textes, les personnages, les histoires de Céline, écrivain montmartrois oh combien controversé.
Céline harangue la foule de ses personnages
Céline harangue la foule de ses personnages

Le théâtre de nos vies

Un décor de théâtre, le théâtre de nos vies, celui d’une mémoire enfouie comme il en est de l’inconscient, collectif et singulier, comme celui du monde et ses déchirements, ses joies et ses exaltations, ses bonheurs et ses effrois, ses secrets, ses terreurs et ses aberrations, ses naïvetés, ses candeurs et ses déceptions, ses fourberies, ses perversions, ses délibérations, ses fureurs et ses apaisements, ses mémoires et ses prémonitions. Police veille. Le gros ballon décolle. La nacelle tangue, folle. Cœur-Sacré de Montmartre grimace. Et les deux loups flamboient. Les gendarmes arpentent. Céline au centre des tableaux. Céline à tête de gros chat pensif, songeur et nostalgique, regard vague et perdu, mélancolique, qui accroche et transperce celui du regardant, l’interpelle, l’appelle à l’aide, le laisse repartir. Regret. Les scènes se succèdent. Un gros NON ! à la guerre. Un parti pris de paix. De désertion aussi.
Dans la tourmente
Dans la tourmente

À la pêche dans les romans de Céline

Mara Tranlong est partie à la pêche dans chacun des romans de Céline pour en extirper les personnages, pétrir et malaxer un peuple impérissable, camper les scènes de leurs vies et celles du quartier, découper les scansions de l’Histoire, ses zones d’ombres, ses lueurs et ses embrasements, ses fulminations, ses fulgurations, ses meurtrissures et ses dévastations. Immense cri d’amour envers la pauvre humanité, ses peines et ses grandeurs, ses petitesses et ses exaltations.
Mara et ses oeuvres, l'original à gauche, la reproduction couleur sous Plexi à droite.
Mara et ses oeuvres, l'original à gauche, la reproduction couleur sous Plexi à droite.

Un auteur réintégré dans la grande famille des écrivains

Une fois encore, des personnages à têtes d’animaux, comme il en est de notre humaine condition, de ses pulsions, de sa face cachée, de leur sagesse et nos égarements, visages et gueules blanches. Chacune des scènettes écrit de ses couleurs un chapitre du livre, du long fleuve de la vie, des écrits de l’auteur et son histoire singulière, ses joies et son talent, ses désenchantements et son ambiguité, auteur maudit un temps, effacé des lectures à l’école. Au service du texte et des tableaux, des couleurs vives, franches, camaïeux de bleus, de verts, de jaunes, du rougeoiement du feu, des brasiers, des explosions. Le geste de Mara Tranlong et son initiative réintègrent l’auteur dans la grande famille des écrivains, de ceux qui ont marqué les temps.
Montmartre vu par Céline et Mara Tranlong
Montmartre vu par Céline et Mara Tranlong

Un petit bout de femme tenace et obstinée

Cela se lit dans le regard triste et grave de l’homme à tête de loup chat chien ridé, de chat chien hybride, chargé d’un perroquet, entouré de ses loups, de l’aigle et du vautour, du cheval et autres hôtes du pays d’accueil où il s’est exilé. Il revient à Montmartre et à notre mémoire par le talent, les pinceaux, les couleurs et par l’imaginaire, l’obstination et la ténacité d’un petit bout de femme, Mara Tranlong, artiste de Montmartre.
Mara Tranlong à sa table de travail
Mara Tranlong à sa table de travail






              


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